CUENTOS DE ALUMBRAMIENTO |
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© Páginas de Espuma, Madrid, 2006
LE BONHEUR Je m’appelle Marcos. J’ai toujours voulu être Cristobal. Je ne veux pas dire m’appeler Cristobal. Cristobal est mon ami ; j’allais dire le meilleur, mais je dirai plutôt le seul. Gabriela est ma femme. Elle m’aime de tout son coeur et couche avec Cristobal. C’est un homme intelligent, sûr de lui doublé d’un danseur hors pair. C’est aussi un bon cavalier et un as en thème latin. Il cuisine pour les femmes puis il les croque. À mon avis, Gabriela est son péché mignon. Une personne peu avisée se sera peut-être dit que ma femme me trahit : loin de là. J’ai toujours voulu être Cristobal. Mais je ne reste pas les bras croisés. Je m’entraîne à ne pas être Marcos. Je prends des cours de danse et je me replonge dans mes livres d’étudiant. Je sais bien que ma femme m’adore. Et son adoration est telle, si grande, que la pauvre couche avec lui, avec l’homme que je voudrais être. Au creux des pectoraux musclés de Cristobal, ma Gabriela m’attend, fébrile et les bras ouverts. Une telle patience me comble de joie. Pourvu que mon application soit à la hauteur de ses espérances et qu’un jour, bientôt, le moment arrive. Ce moment d’amour inébranlable qu’elle a tant préparé, en trompant Cristobal, en s’habituant à son corps, à son caractère et à ses goûts, pour être le plus à l’aise et la plus heureuse possible lorsque je serai comme lui et que nous le laisserons tout seul.
(Traduit de l’espagnol par Anne-Marie Chollet)
UNE LIGNE SUR LE SABLE
Ruth faisait des montagnes avec un pied. Elle creusait dans le sable chaud avec le gros orteil, formait de petits tas, les arrangeait, les lissait soigneusement avec la plante du pied, et les contemplait un moment. Puis elle les détruisait. Et elle recommençait. Elle avait le dessus des pieds rougi, ça la brûlait comme des pierres solaires. Ses ongles étaient vernis de la veille au soir. Jorge déterrait le parasol, ou du moins essayait-il. Il faudra en acheter un autre, grommela-t-il en bataillant. Ruth fit mine de ne pas l’avoir entendu, bien qu’elle ne put éviter de se sentir irritée. C’était une banalité comme une autre, bien sûr. Jorge clappa de la langue et retira brusquement sa main du parasol : il s’était coincé un doigt dans l’une des baleines. Une banalité, pensait Ruth, mais le fait est qu’il n’avait pas dit « Nous devrons acheter un autre parasol », mais « il faudra acheter ». D’un coup sec, Jorge parvint à plier le sommet du parasol et il resta les poings sur les hanches à l’étudier, comme s’il attendait la dernière réaction d’une bête vaincue. Tiens donc, hasard ou pas, il a dit « il faudra » et non « nous devrons», pensa Ruth. Jorge portait le parasol comme une lance. La pointe était rongée par des langues de rouille et tachée de sable mouillé. Il remarqua les petits tas de Ruth. Puis il chercha ses pieds blessés par les sandales, il remonta le long de ses jambes jusqu’à son ventre, s’arrêta sur les plis qui s’accumulaient autour de son nombril, son regard se hissa le long dutorse de Ruth, passa entre ses seins comme sous un pont, sauta dans la broussaille salée de ses cheveux, et glissa finalement jusqu’à ses yeux. Jorge s’aperçut que, calée dans son fauteuil pliant, la main en visière, elle aussi l’observait depuis un moment. Il se sentit un peu gêné sans savoir très bien de quoi, et sourit en retroussant le nez. Ruth trouva qu’il avait forcé cette grimace, car en réalité il avait le soleil rougeoyant de côté. Jorge leva le parasol comme un trophée inopportun. Alors, tu m’aides ? demanda-t-il sur un ton qui lui sembla à lui-même ironique, moins bienveillant que voulu. Il retroussa à nouveau le nez, tourna un instant son regard vers la mer, et alors il entendit la surprenante réponse de Ruth : -Ne bouge plus. Ruth avait empoigné une raquette en bois. La tranche de la raquette reposait sur ses cuisses. -Tu veux la balle ? - demanda Jorge. -Je veux que tu ne bouges plus - dit-elle. Ruth souleva la raquette, se redressa et tendit un bras pour tracer lentement une ligne sur le sable. C’était un trait à peine droit, d’environ un mètre de long, qui séparait Ruth de son mari. Après l’avoir dessiné, elle lâcha la raquette, se réinstalla dans le fauteuil et croisa les jambes. -Très joli - fit Jorge, entre curiosité et ennui. -Ça te plaît ? - répondit Ruth. Alors ne la franchis pas. Sur la plage se levait un vent humide, ou peut-être Jorge le remarqua-t-il à ce moment-là. Il avait la flemme de lâcher le parasol et le reste de l’attirail qu’il portait à l’épaule. Mais surtout il avait vraiment la flemme de jouer à qui-savait-quoi. Il était fatigué. Il n’avait pas beaucoup dormi. Il sentait sa peau couverte de sueur et de sable. Il n’avait qu’une envie : aller prendre une douche et sortir dîner. -Je ne te comprends pas - fit Jorge. -C’est bien ce que je pense - fit Ruth. -Bon, on y va ou quoi ? -Fais ce que tu veux.Mais ne franchis pas cette ligne. -Comment cela, que je ne la franchisse pas ? -Tucomprends vite à ce que je vois ! Jorge laissa tomber les affaires ; il fut étonné qu’elles fissent autant de bruit en atterrissant sur le sable. Ruth sursauta légèrement, mais ne bougea pas de son fauteuil. Jorge observa la ligne de gauche à droite, comme si quelque chose y était inscrit. Il fit un pas vers Ruth. Il la vit se contracter et se cramponner aux bras du fauteuil pliant. -C’est une blague, ou quoi ? -C’est on ne peut plus sérieux. -Allons, ma chérie - dit-il en freinant devant la ligne-. Qu’est-ce que tu as. Que fais-tu. Tu ne vois pas que tout le monde s’en va ? Il est tard. Il faut y aller. Pourquoi n’es-tu pas raisonnable ? -Je ne suis pas raisonnable parce que je ne pars pas en même temps que tout le monde ? -Tu n’es pas raisonnable parce que je ne sais pas ce que tu as. -Allons bon ! Voyez-vous cela ! -Ruth… - soupira Jorge en esquissant un mouvement comme pour la toucher. Tu veux qu’on reste encore un peu ? -La seule chose que je veux - dit-elle - c’est que tu restes de ce côté-là. -Mais de quel côté, bon sang ? -De ce côté de la ligne. Dans le sourire sceptique de Jorge, Ruth reconnut une contraction de colère. Ce n’était qu’un fugace tremblement de la joue, un brin d’indignation qu’il savait contrôler en feignant de la condescendance ; mais c’était là. Elle le tenait. Il lui semblait soudain que c’était maintenant ou jamais. -Jorge, cette ligne est à moi. Compris ? -C’est absurde - dit-il. -Possible. Raison de plus. -Allez, passe-moi les affaires. On va faire un tour. -Stop. Arrière. -Oublie cette ligne et allons-nous-en ! -C’est la mienne. -Ce sont des enfantillages, Ruth. Je suis fatigué… -Fatigué de quoi ? Allons, dis-le : de quoi ? Jorge croisa les bras et s’arc-bouta en arrière comme bousculé par le vent. Il vit venir le double sens et préféra être direct. -Je ne trouve pas ça juste. Tu prends mes paroles au pied de la lettre. Ou plutôt non, pire : tu les interprètes de manière figurée lorsqu’elles te blessent, et tu les prends au senspropre quand ça t’arrange. -Ah oui? Tu crois ? -En ce moment, par exemple, je t’ai dit que j’étais fatigué et tu joues les victimes. Tu agis comme si j’avais dit « je suis fatigué de toi », et… -Et ce n’est pas ça, dans le fond, ce que tu avais besoin de dire ? Réfléchis bien. Et puis ça ne serait pas si mal, tiens. Allez, dis-le. Moi aussi j’ai des choses à te dire. Qu’est-ce qui te fatigue tant ? -Je ne peux pas, Ruth. -Qu’est-ce que tu ne peux pas ? Parler ? Être sincère ? -Je ne peux pas parler comme ça - répondit Jorge en ramassant lentement les affaires. -Cinq sur cinq - dit-elle en détournant son regard vers les vagues. Jorge lâcha soudain les affaires et voulut empoigner le fauteuil de Ruth. Elle réagit en levant un bras en signe de défense. Il constata qu’elle était vraiment sérieuse et il s’arrêta net, juste avant la ligne. Elle était là. Il la frôlait déjà de la pointe des pieds. Il pensa faire un autre pas. Fouler le sable. Des pieds, balayer le sol et en finir une fois pour toute avec ça. Jorge se trouva stupide de prendre autant de précautions. Il avait les épaules tendues,levées. Mais il ne bougea pas. -Ça y est, tu as fini ? - dit-il. Il se repentit aussitôt d’avoir formulé sa question de la sorte. -Fini quoi ? - demanda Ruth avec un sourire douloureusement satisfait. -Je parle de cet interrogatoire ! De l’interrogatoire et de cette ligne ridicule. -Si notre conversation te gêne autant, on peut en rester là. Et si tu veux rentrer à la maison, allez, vas-y, et bon dîner. Mais pour ce qui est de la ligne, c’est hors de question. Elle n’est pas ridicule et ne la franchis pas. Ne passe pas par là. Je te préviens. -Tu es infernale, tu sais ? -Malheureusement oui - répondit Ruth. Jorge, déconcerté, sentit la franchise de sa réponse. Il se pencha pour ramasser les affaires en grommelant des paroles inaudibles. Il agitait énergiquement le contenu du sac de plage. Il rangeait et re-rangeait les flacons de crème solaire, empilait furieusement les revues, repliait les serviettes. L’espace d’un instant, Ruth eut l’impression que Jorge était au bord des larmes. Mais elle le vit peu à peu se ressaisir au point de lui demander, en la fixant du regard : -Ruth, tu me mets à l’épreuve ? Ruth remarqua que l’ingénuité presque brutale d’une telle question avait des accents de noblesse : comme si Jorge pouvait se tromper, mais pas lui mentir ; comme si chez lui n’importe quel coup bas était possible, excepté la malice. Elle le vit accroupi à ses pieds, désorienté, les épaules sur le point de peler, le crâne plus dégarni que quelques années auparavant, inconnu et familier. Elle eut à la fois envie de l’attaquer et de le protéger. -Tu fais toujours tout selon ton bon plaisir - dit-elle - mais tu vis dans la crainte qu’on te juge. Je trouve ça un peu triste. -Sans blague. Quelle perspicacité. Et toi, alors ? -Moi ? En quoi est-ce que je me contredis ? Qu’est-ce qui me fait voir que je me trompe toujours ? Beaucoup de choses. Oh oui, beaucoup. Qu’est-ce que tu crois. Pour commencer, je suis stupide. Et peureuse. Et puis aussi résignée. Et je feins de pouvoir mener la vie que je ne peux pas avoir. Tout bien réfléchi, je ne sais pas ce qui est le plus grave : ne pas se rendre compte de certaines choses, ou s’en rendre compte et ne rien faire. C’est pour ça, tu vois, que j’ai tracé cette ligne. Oui. C’est puéril. Oui, elle est moche et petite. Mais, de tout l’été, c’est ce que j’ai fait de plus important. Le regard de Jorge se perdit par delà Ruth, comme s’il suivait le sillage de sesparoles, et il secouait la tête d’un geste où s’affrontaient incrédulité et contrariété. Puis son visage se figea dans une expression ironique. Il se prit à rire. Un rire proche de la toux. -Alors, tu ne dis rien ? Tu as perdu toutes tes forces ? - dit Ruth. -Tu es une capricieuse. -Ah parce que tu trouves que ce que je suis en train de te dire est un caprice ? -Je ne sais pas - dit-il en se relevant-. Peut-être pas tout à fait capricieuse. Mais orgueilleuse, ça oui. -Ce n’est pas seulement une question d’orgueil, Jorge, mais de principes. -Et bien moi je vais te dire. Tu pourras défendre beaucoup de principes, tout analyser autant que tu voudras, te croire très audacieuse, mais en réalité ce que tu fais c’est te cacher derrière une ligne. Oui, te cacher ! Alors fais-moi le plaisir de l’effacer, de ramasser tes affaires et on en parlera tranquillement à table. Je vais passer. Désolé. Tout a une limite. Ma patience aussi. Ruth se leva comme montée sur un ressort en renversant le fauteuil pliant. Jorge s’arrêta avant d’avoir fait un pas. -Tout a une limite, oh oui ! - cria-t-elle -. Bien sûr tu aimerais que je me cache. Mais ne rêve pas cette fois. Ce que tu veux, ce n’est pas un dîner : tu veux une trêve. Et bien tu ne l’auras pas, tu entends, tu ne l’auras pas tant que tu n’auras pas accepté une fois pour toute que cette ligne disparaîtra quand moi je le déciderai, et non quand toi tu en auras assez. -Je m’étonne que tu sois soudain si autoritaire. Après tu vas te plaindre de moi. Tu m’interdis de m’approcher. Je ne suis pas comme ça avec toi. -Jorge. Mon cœur. Écoute - dit Ruth en baissant la voix, s’arrangeant la frange, redressant le fauteuil et en s’y rasseyant-. Accorde-moi un peu d’attention, d’accord ? Il ne s’agit pas d’une ligne. Mais de deux, tu comprends ? Il y en a toujours deux. Et moi je vois la tienne. Ou du moins j’essaie de la voir. Je sais qu’elle est là, quelque part.Voilà ce que je te propose. Si tu trouves injuste que cette ligne disparaisse quand moi je le décide, traces-en une autre, alors. C’est facile. Tiens, ta raquette. Trace une ligne ! Jorge éclata de rire. -Je te parle sérieusement, Jorge. Explique-moi tes règles. Montre-moi ton territoire. Dis-moi : ne franchis pas cette ligne. Tu verras que je n’essaierai jamais de l’effacer. -Ah la maline ! Évidemment que tu ne l’effacerais jamais, parce que moi je ne tracerais jamais une ligne comme celle-ci. Ça ne m’effleurerait même pas l’esprit. -Mais si tu la traçais, jusqu’où est-ce qu’elle irait ? J’ai besoin de savoir. -Elle n’irait nulle part. Je n’aime pas les superstitions. Je préfère avoir un comportement naturel. Je veux pouvoir passer par où ça me chante. Me battre pour une raison valable. -Je veux juste que tu regardes un peu plus loin que le bout que ton territoire. Que tu respectes certaines choses - dit-elle. -Je veux juste que tu m’aimes - dit-il. Ruth cilla plusieurs fois. Elle se frotta les yeux des deux mains, comme si elle essayait de se laver de tout le vent humide qui l’avait cinglée cet après-midi-là. -Tu ne pouvais rien me répondre de plus terrible - dit Ruth. Jorge la regardait avec une surpriseattristée. Il voulait s’approcher pour la consoler mais il se doutait qu’il ne devait pas. Son dos le démangeait. Ses muscles étaient endoloris. La mer avait avalé la balle du soleil. Ruth se couvrit le visage. Jorge baissa les yeux. Il regarda encore une fois la ligne : elle lui sembla mesurer plus d’un mètre.
(Traduit de l’espagnol par Anne-Marie Chollet)
JUSTINO Quand il passait la porte de la salle à manger, Justino, notre jardinier, rentrait les épaules pour ne pas déranger. Il était de ces hommes qui ont l’air maigres par conviction. Il fronçait des sourcils blancs et fins, comme on plie un mouchoir. Il pinçait les lèvres, dégustant son silence. Justino, notre jardinier, était légèrement gêné chaque fois que nous l’invitions à déjeuner chez nous, à la même table que toute la famille, et on comprenait que notre politesse le mettait face à un dilemme : s’il acceptait, il aurait pu passer pour profiteur ou –pire encore- pour affamé; mais s’il refusait, il aurait paru mal élevé. Alors, affligé, Justino acceptait notre invitation. Il faisait glisser son siège par l’arrière du dossier, les pieds de la chaise flottaient presque, et l’on pouvait imaginer comment dans sa jeunesse il avait dû être bon danseur. Je vous souhaite bon appétit, prononçait-il à voix basse, et dans ce murmure il y avait une affection laborieuse. Pour ne point faire mauvaise impression en se jetant sur son assiette et ne pas nous importuner non plus par un quelconque retard, Justino commençait toujours le dernier et finissait le premier. Mais pas non plus très en avance. Deux, trois cuillerées. Au début nous lui servions des parts généreuses : nous l’estimions et connaissions son dur travail, son obstination lorsqu’il taillait les arbustes, élaguait chaque branche ou arrosait notre gazon minuscule. Nous nous efforcions de remplir son assiette, mais nous commençâmes à réduire les parts quand nous observâmes que Justino en laissait environ un quart. Nous donnâmes alors à la bonne les consignes adéquates et, à partir de ce jour-là, les parts de Justino devinrent comme celles des enfants ou même un peu plus chiches. Nous constatâmes alors inquiets que dans ses assiettes bien saucées, invariablement, il restait encore un quart de sa part intact. Que Justino fût homme de si peu d’appétit nous intrigua. Mais sa maigreur élégante et ses gestes transparents nous donnèrent la conviction que, pour ne pas le mettre mal à l’aise, les parts devaient être encore plus congrues.Comme Justino s’obstinait à ne consommer que les trois quarts de ce que nous lui servions, nous, désireux de trouver sa juste mesure, nous continuâmes de réduire son déjeuner au point de maculer à peine son assiette de trois ou quatre taches de légumes. Le dernier déjeuner que nous passâmes en compagnie de Justino fut en apparence semblable aux autres et, cependant, je sus depuis le début que rien n’allait être pareil. Son pas faible et traînant. Sa voix légèrement lasse. Même l’élagage moins parfait de nos sapins, tout me fit peur pour lui et ses cuillerées très discrètes. Il s’assit comme d’habitude, certes, faisant en sorte que la chaise paraisse aérienne, murmura un « je vous souhaite bon appétit» d’une voix translucide et attendit sa part en joignant les mains. Des mains agiles, osseuses, soignées : une paire de cisailles. Pour ne point offenser les bonnes manières, en dépit de l’atmosphère tendue qui régnait autour de la table, je fis signe à la bonne de commencer à servir. Quand il vit la minuscule lentille solitaire se poser au milieu de son assiette creuse, Justino se leva avec parcimonie, demanda la permission de se retirer et ne revint plus jamais à la maison.
(Traduit de l’espagnol par Adélaïde de Chatellus —avec la participation de Claude Couffon)
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